C’est décidément difficile pour une femme de s’en sortir dans le rap. Dans une industrie ou la plupart des contrats se négocient a la table des strip-clubs, une femme hétérosexuelle a bien du mal à faire entendre sa voix. Certains pourraient penser qu'avoir une bonne connaissance du business est un atout, malheureusement c'est souvent le contraire. Bien des directeurs artistiques hésitent à donner des contrats à des artistes qui connaissent les rouages du système mieux qu'eux.
En tant que journaliste, MC, rédactrice en chef, manager, attachée de presse, directrice de label, animatrice radio et organisatrice de concerts
Taura Love alias
T-Love a eu l'occasion de bien observer l’industrie de la musique. Une des premières choses qu'elle a compris est l'importance du catalogue. La règle d'or que chaque artiste devrait respecter : toujours garder le contrôle de ses enregistrements. Depuis l'album avorté de son groupe
Urban Prop, enregistré pour le compte de
Capitol,
T-Love a fait en sorte de rester propriétaire de ce qu'elle écrit et enregistre.
Alors que sa carrière dans le domaine du rap arrive à son terme et qu'elle se dirige plus vers le chant, elle souhaitait mettre à disposition du public quelques inédits qui ont brillamment passé l'épreuve du temps.
Long Way Up est aussi un document qui témoigne de son évolution en tant qu'artiste. D'un titre à l'autre on devine la façon de travailler de
T-Love, certains morceaux ont existé dans des incarnations très différentes. Parfois c'est juste un couplet qui a été testé dans plusieurs contextes ou une rime qui revient d'un titre à un autre.
A l'origine
Long Way Up devait simplement être la version vinyle de l'album
Long Way Back (il était d'ailleurs annoncé dans le livret du CD). L'idée de
T-Love était de proposer quelques titres plus orientés pour les DJs tout en gardant les morceaux phares du CD. La major n'a pas vraiment vu l'intérêt et le vinyle est resté identique au CD. Aujourd’hui l’idée est réactivée et au final ce sont des dizaines de titres inédits qui ont été ressortis des tiroirs pour en sélectionner les 20 meilleurs.
D’emblée ont été recalés les titres avec des samples entendus ailleurs. Ensuite quelques collaborations médiocres avec des gros noms (
Basement Jaxx,
Slum Village,
Chemical Brothers,
DJ Nu-Mark…) qui s’avéraient plus intéressants au niveau marketing qu’artistique n’ont pas non plus été retenus. Avec des instrus de
DJ Lethal,
This Kid Named Miles,
Herbaliser,
Kenny Seagal,
Beyond There et le producteur qui se faisait appeler
Mudfoot (Alan Maman pour l’état civil), la qualité artistique du disque devrait suffire.
Plus de dix ans de carrière traversent ce CD, depuis sa première apparition au micro de la radio
KDAY à ses premiers morceaux chantés,
Long Way Up laisse entrevoir ce que sera la suite du parcours musical de
Taura Love.