Seun Kuti est le plus jeune fils de
Fela Anikulapo Kuti.
Seun Anikulapo Kuti a commencé à apprendre le sax et le piano à l'âge de 8 ans et a fait ses premiers pas sur scène à 9 ans avec son père.
Fela Anikulapo Kuti était le musicien le plus populaire du Nigéria, renommé pour ses chansons épinglant la junte militaire et les politiciens vénaux de son pays.
Fela a créé un nouveau modèle de la musique, l'
Afrobeat, qui a dominé la scène populaire de musique à Lagos depuis le début des années 70.
Seun Kuti est accompagné par le groupe de son père
Egyt 80. Avec son premier album "
Many things",
Seun Kuti insuffle une vie nouvelle à l'Afrobeat et à l'héritage de son père.
Seun Kuti (qui se prononce «shéhoun») est l’abréviation de son prénom yoruba, Oluseun : "Dieu a fait de grandes choses". Ironiquement, c’est aussi le prénom du
Président Obasanjo, ennemi juré de la famille
Kuti, et originaire comme elle de la ville d’Abeokuta, de même que le prix Nobel de littérature
Wole Soyinka, qui est l’oncle et l’ami de
Seun Kuti. Bien avant de se refaire une virginité par les urnes,
le Général Obasanjo, devenu Président du Nigeria à l’issue d’un putsch en 1977, organisa aussitôt l’assaut meurtrier, par plus de mille hommes armés, contre la demeure de
Fela, que ce dernier avait proclamé "République indépendante de Kalakuta", et où aujourd’hui encore vivent
Seun Kuti et
les musiciens de l’orchestre Egypt 80. La grand-mère de
Seun,
Funmilayo, était la plus célèbre militante des droits de l’homme et du féminisme au Nigeria. Elle est morte des suites de sa défenestration par les troupes d’Obasanjo.
La chanson satirique qui donne son titre à l’album, "
Many Things" (
nous avons fait beaucoup de choses) démarre sur un extrait d’un discours enregistré d’
Obasanjo. Elle résume bien le bilan des 30 ans de son règne en pointillé : ils ont construit des ponts magnifiques, mais en dessous les gens n’ont toujours pas d’autre solution que de boire l’eau dans laquelle ils viennent de pisser.
Seun Kuti, à vingt-cinq ans, est donc le digne héritier du militantisme irréductible de
Fela Kuti. Il a d’ailleurs repris à son compte le deuxième prénom yoruba que s’était attribué son papa :
Anikulapo (
j’ai la mort dans mon carquois). Autrement dit, ses chansons sont autant de flèches qui ne manqueront jamais leurs cibles : corrompus, corrupteurs, oppresseurs. A l’exception de l’érotique
"Fire Dance", tous les titres de ce Cd sont des pamphlets ravageurs contre la corruption et l’incurie des dirigeants africains :
"Think Africa", "Many Things", "Na Oil", "African Problems"…
Seun Kuti participe aux côtés de
Youssou N’Dour à un grand projet de lutte contre la malaria, et
"Mosquito Song" explique que les gouvernements, par leur négligence en matière d’hygiène, sont responsables de ce fléau qui tue plus que le sida… Au style de chant énergique et tonitruant de
Fela,
Seun Kuti ajoute une rage rythmique héritée du rap : il cite d’ailleurs parmi ses héros
Chuck D,
Dr. Dre ou
Eminem…
A huit ans
Seun Kuti était déjà la mascotte de l’orchestre paternel. Il le suivait partout, puisque sa mère Fehintola, décédée l’an dernier était l’une des choristes/danseuses d’
Égypt 80. Le nom de cet orchestre extraordinaire dont a hérité
Seun Kuti peut surprendre.
Fela rebaptisa ainsi son ancien groupe Africa 70, en 1983, peu après la naissance de Seun, après avoir lu les ouvrages retentissants de l’historien-physicien sénégalais
Cheick Anta Diop sur l’origine négro-africaine de la civilisation pharaonique. C’est donc un orchestre de légende au sens propre du terme : l’équivalent pour l’Afrique de ce que fut pour la diaspora afro-américaine la "jungle music" de
Duke Ellington, avec des ressemblances étonnantes…
Par exemple le saxophone baryton qui est comme chez
Ellington le coeur de la musique des
Kuti, l’ "afrobeat ". Le vétéran
Lekan Animasahun, surnommé "
Baba Ani" a du abandonner à l’excellent
Adedimeji Fagbemi dit "Showboy" (qui joue aussi le rôle d’animateur) cet instrument très difficile et trop lourd pour un septuagénaire : Baba s’est reconverti aux claviers mais reste le directeur musical de l’orchestre.
Quel orchestre ! Dès les premières notes,
Egypt 80 remet les pendules à l’heure. On avait depuis longtemps tendance à oublier ce qu’étaient les grands orchestres de danse, de Fletcher Henderson à
James Brown ou Sun Ra en passant par
Count Basie et
Lionel Hampton. Sans oublier
George Clinton, qui est aussi l’une des idoles de
Seun Kuti, et ça s’entend !
Car l’orchestre de
Seun Kuti n’est pas du tout un clone de celui de papa, même si l’on y retrouve autant de folie et de frénésie, et même si les deux-tiers de ses membres étaient déjà là du vivant de
Fela. C’est avant tout le meilleur groupe de funk actuel, et ce n’est pas surprenant. Depuis plus d’un quart de siècle, il a joué et répété presque quotidiennement dans un club de Lagos –
"The Shrine", le temple, ce mot explique tout.
Egypt 80 incarne ce qui s’est perdu depuis longtemps dans la musique populaire : la durée.
Ils font de la musique ensemble depuis plus de vingt ans, et c’est assez évident. Car la musique est avant tout affaire de relations humaines,
Duke Ellington disait même que pour vraiment bien jouer avec un autre musicien, il faut savoir comment il joue au poker !
A huit ans, il se retrouve dans les coulisses de l’Apollo de Harlem, où ont débuté toutes les grandes figures de la musique afro-américaine comme
James Brown ou
Aretha Franklin, mais il ne le sait pas. Il voit son père chanter et lui dit : "moi aussi je veux chanter".
Fela rigole mais lui fait faire un bout d’essai, réussi.
Fela est fatigué, le sida va l’emporter.
Seun Kuti ne quitte plus l’orchestre, dont il prendra la tête aussitôt après la mort de papa en 1997.
Il ira faire quelques vagues études musicales, comme jadis son père, en Angleterre. Rien de bien sérieux, apparemment :
Seun Kuti n’est certes pas plus que
Fela un saxophoniste virtuose, et il le reconnaît : ce n’est peut-être pas ce qui compte… En concert,
Seun Kuti ne peut manquer de saluer son père en jouant un ou deux de ses tubes. Ici il fait ce qu’il veut, et ce premier album met en valeur ses propres compositions et celles de musiciens de l’orchestre.
Seun Kuti est en effet une formidable bête de scène : il a le charisme et l’énergie de papa. Tous ceux qui l’ont vu en concert le savent déjà, après quelques tournées triomphales, alors qu’il n’avait pas encore enregistré à ce jour un seul cd, seulement un rare maxi en vinyle…
Sa première tournée américaine, l’été dernier, a défrayé la chronique. Les musiciens d’
Egypt 80 n’ont obtenu leurs visas que grâce à l’intervention de
Barack Obama, et à Chicago leur concert a tourné à l’émeute, des centaines de spectateurs envahissant la scène au grand dam des services de sécurité. Le directeur du festival a déclaré que c’était le meilleur concert de sa vie ! Il suffit d’ailleurs d’écouter cet album pour le comprendre. Toutes les autres musiques de danse actuelles paraissent désespérément mécaniques, statiques et ternes, comparées à l’afrobeat de
Seun Kuti & Fela’s Egypt 80.