Fille d'un diplomate malien qui au gré de ses nominations aura passé sa vie entre les USA, l'Europe et le Moyen-Orient,
Rokia Traoré, après des études à Bruxelles, commence la musique dans un groupe de rap, avant de décider d'aller se ressourcer au Mali pour mettre en forme cette musique qu'elle sent confusément en elle — « ni pop, ni jazz, ni classique — quelque chose de très contemporain interprété par des instruments traditionnels. » Une véritable gageure.
Vivant de petits boulots (cuisinière dans un restaurant, femme de ménage), elle se met alors en quête de musiciens capables de la soutenir dans son désir de composer des chansons résolument modernes interprétées dans des orchestrations mêlant guitare acoustique, n'goni et balafon. Le succès est finalement au rendez-vous. Mais pas au Mali, en Europe où elle est saluée comme la « Révélation africaine de l'année 1997 » après son passage au festival Musiques Métisses d'Angoulême. Des contrats avec des maisons de disques et des invitations dans les festivals du monde entier pleuvent alors, mais
Rokia Traoré demeurera fidèle à sa quête intérieure, continuant de développer un univers musical profondément singulier qui depuis ses origines ne cesse d'enchanter le public.
Son dernier album en date, «
Bowmboi », paru en 2003, brillait de sa rencontre avec le prestigieux
Kronos Quartet. Puis en 2005,
Rokia Traoré fut invitée à rejoindre un casting de stars réunissant notamment
Fontella Bass et
Dianne Reeves pour une tournée américaine d'un spectacle consacré à la vie de
Billie Holiday, «
Billie and Me ». C'est à cette occasion qu'elle chanta pour la première fois «
The Man I Love », en duo avec
Dianne Reeves.
Cette chanson a une nouvelle fois croisé sa route l'an dernier, quand
Rokia Traoré s'est engagée dans un autre projet en acceptant d'écrire et interpréter une œuvre originale mise en scène par l'insaisissable Peter Sellars dans le cadre du
New Crowned Hope Festival de Vienne à l'occasion de la célébration du 250e anniversaire de la naissance de
Mozart. Le spectacle fut par la suite donné au Barbican Center de Londres puis à Paris,
salle Pleyel, dans le cadre de la saison 07/08 de la Cité de la Musique. Transformant la commande de sa manière inimitable
Rokia Traoré a composé une œuvre très personnelle dans laquelle
Mozart apparaît comme un griot, musicien de père en fils, vivant au 13e siècle, époque mythique où le grand chef Soundiata Keita régnait sur l'Empire Mandingue, situé sur le territoire du Mali actuel. Cette musique convoquait déjà un instrumentarium très vaste et très varié, incluant des instruments traditionnels de l'Afrique de l'Ouest mais également la guitare, la basse, le violon ou la clarinette.