Ce premier album est un choc esthétique et émotionnel. Geoff Barrow déroule ses rythmiques lancinantes parsemées de scratches et de samples (
Lalo Schifrin,
Isaac Hayes...) devant les guitares particulières d'
Adrian Utley (qui cosigne huit titres) et toute la musique de cette fin de siècle s'en trouve bouleversée. Moins inspiré par la dance et le hip-hop que par le jazz, Portishead nous plonge avec délices dans des ambiances plombées par la mélancolie ou légèrement inquiétantes, accentuées par des claviers vintage ("Roads"). Mais la vraie révélation de Dummy, c'est la voix belle à pleurer de
Beth Gibbons qui feule à merveille sur "Sour Times" et "Glory Box", véritables perles névrotiques. La tristesse poignante et irrésistible de cet album de
Portishead popularisera le trip-hop auprès du grand public.