2008 : Il y a à peine deux ans,
Pascale Picard naviguait sur les scènes des bars de
Québec, sa ville natale. Aujourd’hui, c’est tout un pays qui reprend ses chansons en chœur. Son premier album,
Me, Myself and Us, sorti en avril 2007, a aussi bien conquis le public que la critique. Avec 100 000 exemplaires écoulés en quelques mois, il a imposé son auteur comme la révélation pop anglophone de l’année. Une success-story qui ne fait que commencer : nominée aux
Juno Awards 2008 (les Victoires de la Musique canadiennes) dans la catégorie Artiste de l’Année,
Pascale Picard s’apprête à entamer une tournée monstre au
Canada, dont la plupart des dates sont déjà complètes. Un incroyable phénomène, auquel l’Europe ne restera pas insensible. Et le nouveau chapitre d’une belle aventure, menée de front par une artiste rare, et par son groupe.
A 13 ans,
Pascale apprend la musique grâce aux trois accords que lui montre son père sur une guitare, et l’anglais grâce aux
Beatles, dont les disques tournent à la maison. Ado, elle compose ses premières chansons entre deux reprises de
Weezer ou de
NO FX (dont on retrouve aujourd’hui l’empreinte sur l’énervé “
A While”). Mais elle s’approprie aussi les classiques pop et folk (
Simon and Garfunkel,
Radiohead,
Alanis Morrissette) que le public aime entendre dans les bars musicaux dont elle pousse les portes dès ses dix-huit ans.
En 2002, elle rencontre son groupe,
Mathieu Cantin (guitare),
Philippe Morrissette (basse), et
Stéphane Rancourt (percussions). Avec eux,
Pascale Picard enregistre une démo qui fait le tour de la ville, avant d’atterrir dans une maison de disques, qui la signe immédiatement. Elle a 24 ans, et va enfin pouvoir enregistrer son album, à elle.
A elle… ou plutôt à eux.
Pascale Picard insiste : “On compose en groupe. J’arrive avec une mélodie, ou
Mathieu avec un riff, on jamme, et c’est ainsi qu’une chanson va naître. Ensuite, j’affine sa structure autour du texte. Nos influences sont mêlées dans le disque :
Stéphane aime le jazz,
Philippe le rock, et
Mathieu est très blues. Moi j’écoute du punk rock, mais aussi
Leonard Cohen ou
Johnny Cash. Du coup, chaque chanson a son propre univers. Le fil conducteur, ce sont les textes.”
Des textes qui, des doux-amer “
Gate 22” et “
Let’s Have A Drink” au poignant “
Useless”, sont tous très personnels : “La musique m’aide à prendre de la distance par rapport à certaines émotions, pour mieux les apprivoiser. Je n’ai pas composé mes chansons dans l’optique de faire un album à tout prix, mais parce que j’en ai besoin.”
Me, Myself and Us dessine le portrait sans fard d’une fille à la fois fragile et forte. Ce qui la blesse : l’opportunisme, la fausseté, dénoncés avec colère sur “
Unconscious Liars” ou “
Annoying”. Son énergie, elle la puise dans son groupe, et dans tous ceux qui l’accompagnent au quotidien.
Pascale Picard n’a rien d’une artiste narcissique, centrée sur ses douleurs. D’où le titre de son album (“
Moi, moi-même et nous”) : “C’est mon attitude par rapport à la vie en général : seul, on n’est rien. Et si personne n’est là pour aimer ta musique, tu n’es rien non plus.” Un problème que
Pascale a dépassé depuis longtemps : touchés par ses chansons et sa sincérité, ses compatriotes ont eu un coup de cœur massif pour le disque, certifié platine en quelques mois. Mais
Pascale Picard garde la tête froide : “Le succès n’a pas changé grand-chose, juste que davantage de monde vient nous voir en concert. Avant, on jouait devant vingt personnes parfois venues par hasard. Maintenant, les shows sont complets et le public chante les paroles. J’ai vraiment l’impression de partager quelque chose.”
Une générosité que
Pascale Picard entend bien emmener avec elle en traversant l’Atlantique. Bientôt, “nous” serons encore plus nombreux à ses côtés.