En un an à peine, les
Klaxons ont conquis des hordes de gamins qui s'habillent comme eux et se ruent à leurs concerts en brandissant des bâtonnets fluorescents. Si les média ont d'ores et déjà flairé un carton en puissance, ils restent encore perplexes sur l'étiquette à donner à ce trio. Les consommateurs de musique et autres accros à MySpace ont déjà été saisi par l'énergie folle des premiers singles.
En 2006, les
Klaxons sortent 3 singles '
Gravity's Rainbow' et '
Atlantis to Interzone', avec juste ce qu'il faut d'esprit belligérant et d'électricité pop pour enflammer les imaginations. '
Magick' le dernier single en date, un hymne frénétique à l'occultiste Alastair Crowley, passe régulièrement en journée sur
Radio One mais semble à des années lumières des habituelles ritournelles de la scène indie.
Le plan de bataille musicale des
Klaxons consiste à mélanger la pop indie des années 80 avec la rave caricaturale des années 90. Tandis que la scène indie commence à se lasser des prévisibles imitations des Kaiser Chiefs, les
Klaxons deviennent les chefs de file d'un mouvement plus large sur la scène rock qui se réapproprie un pan de l'électronique, de
Shitdisco à
Simian Mobile Disco, de
MSTRKRFT à
Metronomy. Les liens avec la scène rave sont alimentés par leur reprise du fameux 'The Bouncer' de Kicks Like A Mule, pur standard du genre datant de 1992 ainsi qu'une collaboration avec
Erol Alkan et
Simian Mobile Disco.
Les
Klaxons aime la dance music.
Daft Punk et
Altern8 comptent parmi leurs groupes préférés dans la veine électro, mais ce sont plutôt des formations indie/dance crossover comme
Soulwax qu'ils apprécient le plus. Et comme pour enfoncer le clou dans le créneau nu-rave, au lieu de fêter la fin de cette année 2006 dans un club indie, le groupe jouera dans le cadre de la rave Fantazia. Même les plus cyniques conviendront qu'ils ont fait un sacré parcours depuis l'été dernier. Si les Klaxons s'inspirent effectivement largement de l'imagerie et de la musique de la rave culture, ce qui fait leur force c'est avant tout leur incroyable énergie rock.
Jamie Reynolds (26 ans) a grandi à Bournemouth et Southampton. A 13 ans, il traîne avec des gamins de cinq ans ses aînés. Un jour, on lui propose de devenir le bassiste d'un nouveau groupe en herbe. Quelques cours de basse plus tard, ce dernier, dénommé Thermal, se produit en première partie de grosses têtes d'affiche telles que
Mansun et
Heavy Stereo. Après avoir mis fins à d'ennuyeuses études de philo, il travaille pendant huit ans chez des disquaires où il harcèle les clients achetant des disques qui ne [lui] plaisent pas. Pendant toutes ces années, Jamie complote, s'abreuve de musique et fait des projets. Les choses finissent par se mettre en place lorsqu'il déménage à Londres et qu'il est licencié. Il investit sa prime de licenciement dans du matériel et croise Simon avec qui il décide de former un groupe baptisé
Klaxons (Not Centaurs), d'après une phrase tirée du
Manifeste du Futurisme, rédigé par un écrivain italien au début du 20ème siècle.
Simon Taylor (âgé de 24 ans) a grandi à Stratford-upon-Avon. Bien que plutôt branché indie, il aime aussi écouter les compilations 'Dance Nation' et s'éclater dans des discothèques happy hardcore. Un jour, il demande à James, qui était une classe au dessous de lui à l'école, de lui apprendre à jouer de la guitare, et part ensuite suivre des études en arts plastiques à l'université de Nottingham. Là-bas, il se met à apprécier la musique de
Josef K et des
Fire Engines et, après certaines nuits d'ivresse, évoque le projet de monter un groupe avec le copain de l'une de ses colocataires, un certain Jamie Reynolds.
Pendant ce temps,
James Righton (23 ans), travaille tous les étés sur les bateaux de Stratford-upon-Avon, mais est aussi sérieusement branché musique depuis longtemps grâce à son père musicien. A dix ans, il était au festival de Reading et a vu
Oasis au Knebworth à l'âge de 13 ans. Il aime toutes sortes de groupes de
Pantera à
Radiohead, mais après avoir étudié l'histoire à l'université de Cardiff, il s'envole pour Madrid où il enseigne l'anglais et découvre "ces grands clubs techno étranges".
Fin 2005, son vieux pote Simon le persuade de mettre fin à "son interminable année sabbatique" et de rejoindre les
Klaxons. Entre les trois, l'alchimie opère instantanément. Ils planifient méticuleusement leurs objectifs et enregistrent '
Gravity's Rainbow', un single prog-punk futuriste qu'ils font fabriquer en 500 exemplaires accompagnés d'une pochette peinte à la main.
Jamie lâche l'expression '
nu-rave' pour décrire le côté festif des Klaxons et bientôt la mayonnaise commence à prendre. Lorsque le groupe donne son premier concert archi sold-out, il est évident que ce trio trame quelque chose de spécial.
'The Bouncer' n'a bien entendu rien d'un titre de dance électro mais s'apparente davantage à du rock spartiate plutôt dans la lignée
Big Black ou
Fugazi. Pourtant les
Klaxons, avec leurs tenues flashy, leur côté anti-frime et leur envie de transformer chaque concert en un pur moment d'éclate, s'avèrent en fait correspondre exactement à ce dont a besoin l'égocentrique scène londonienne post-Libertines.
Le trio forge définitivement une réputation en organisant une soirée dans le genre rave dans une salle de gym, dont l'emplacement est révélé à la dernière minute sur un numéro de téléphone. Des centaines de personnes seront refusées, tandis que la fête durera jusqu'à l'aube. Les
Klaxons enchaînent ensuite sur six mois de folie. Leur prestation au festival de Reading s'avère littéralement explosive, tandis que la presse britannique, de
GQ au
NME et au
Sun, ne se lasse pas de faire monter la sauce.
Les
Klaxons sont en fait fins prêts. Ils n'ont guère l'intention de laisser passer une telle occasion et ont simplement hâte de faire entendre tout l'éventail de leur talent dans leur premier opus intitulé, '
Myths Of The Near Future' produit par James Ford de
Simian Mobile Disco. Nos trois compères ont tous grandi dans une famille monoparentale et forment désormais une sorte de gang très soudé, qui n'est pas du genre à prendre très au sérieux toute la hype dont ils font l'objet, mais plutôt déterminé à se concentrer sur l'enregistrement d'un disque destiné à survivre à tout ce ramdam. I
ls se plongent donc à fond dans la lecture et les paroles de leurs chansons, truffées de références à
Richard Brautigan, Thomas Pynchon, JG Ballard, Alfred Jarry, etc.… qui, très loin du réalisme social ambiant, s'avèrent d'une rare fraîcheur. On peut bien entendu y voir une certaine prétention, mais en fait ces chansons se contentent de dire : "Et après ?" et de sortir des sentiers battus.
'
Klaxon' vient d'un mot grec qui signifie crier. Ceux qui ont déjà pogotté en brandissant des bâtonnets fluos sur le frénétique '
Four Horsemen of 2012', qui clôture les concerts et l'album des
Klaxons, admettront que le trio est à la hauteur des fabuleux cavaliers évoqués dans cette chanson, même si d'autre part, le délicieusement harmonieux '
Golden Skans', avec ses choeurs façon
Beach-Boys des années 80 vient adoucir la tempo.
L'album en surprendra plus d'un : "Ce monstre que nous avons conçu ne correspond pas à ce que les gens attendent d'un putain de groupe fluo de Shoreditch," confie James non sans ironie, avant d'ajouter calmement : "Je crois qu'on ne ressemble à aucun autre groupe, nous sommes les seuls à faire ça."