Gotan Project : En 2006, cela sonne comme presque comme une évidence. Et pourtant il y a tout juste cinq ans, qui pouvait annoncer le phénoménal succès de
Gotan Project ?
Revenons en arrière, au début de l’histoire : le guitariste
Eduardo Makaroff rencontre en 1998
Philippe Cohen Solal, musicien et fondateur du label
¡Ya Basta !. Ce dernier travaille déjà avec le suisse
Christoph H Müller. L’un vient de Buenos Aires, s’est illustré dans le rock, mais a été biberonné au tango. Les deux autres sont associés depuis quelques années, sculpteurs de vinyles et metteurs en sons. On leur doit entre autres
"The Boyz From Brazil", une bombe pour le dance-floor. Ils décident ainsi de réunir leurs compétences pour élaborer une synthèse inédite, entre tango et électronique. Et se trouvent un nom :
Gotan, allusion au verlan de tango utilisé aussi bien à Paris qu’à Buenos Aires.
C’est en expérimentant autour de quelques classiques, à commencer par
"Vuelvo Al Sur" d’Astor Piazzolla - le compositeur qui a imposé le nuevo tango et entourés d’une équipe d’experts (une espagnole au cœur du sujet, une violoniste classique branchée jazz, des argentins de Paris, comme
Nini Florès au bandonéon et
Gustavo Beytelmann au piano), qu’ils mettent au point le premier maxi,
"Vuelvo Al Sur". Celui-ci ne ne tardera pas à devenir un classique chez de nombreux DJ. Suivront
"Tríptíco", "Santa María (del Buen Ayre)"et l’album
"La Revancha Del Tango" en 2001. Le disque va tourner sur toute la planète, tandis que
Gotan Project entame un périple sur les scènes du monde entier, du Japon aux Etats-Unis. Entre deux aéroports, ils réfléchissent à la suite, afin de reprendre le sillon là où il a été laissé. Pour creuser encore et toujours plus profond dans la tradition tango, afin d’en extraire de nouvelles voies. L’ambition de ce second album se place dans cette perspective. Depuis cinq ans,
Gotan Project a beaucoup appris, auprès des meilleurs, sans perdre l’envie qui les poussait à tout essayer. Ils ont pris du recul, l’indispensable élan pour aller encore plus loin.
Avec ce disque, Les
Gotan Project sont les mêmes et différents. Comme annoncé d’emblée avec le premier single :
"Diferente". Qu’est-ce qui a donc changé ? Tout d’abord, leur vision plus large d’une histoire, d’un répertoire. Depuis
"la Revancha Del Tango", eux-mêmes en font désormais partie, ayant suscité des vocations " électroniques " d’Oslo à Buenos Aires. Cette fois, ils ont tout composé, inspirés par les plus grands, dont
Carlos Gardel qui leur souffle le titre de cet album,
"Lunático". Ils s’affirment ainsi en tant qu’auteurs-compositeurs, sans oublier leurs facultés à faire danser les machines. Pour mieux élargir la palette,
Gotan Project a convié de fortes personnalités qui témoignent de l’extrême variété que peut prendre le tango en 2006. Tango percuté, tango déclamé, tango chanté, tango décalé, tango visité avec
Calexico... La gamme des possibles invite à réviser les jugements hâtifs sur cette mélancolie faite musique. Pour ce nouvel album, le trio a renforcé sa collaboration avec le pianiste
Gustavo Beytelmann. Cet argentin qui vit depuis plus de vingt-cinq ans à Paris est reconnu pour son écriture et son goût pour l’aventure.
Cette fois, il a été chargé de signer les arrangements pour un ensemble de cordes, violons et violoncelles enregistrés au mythique
studio Ion, à Buenos Aires. De quoi offrir de bonnes vibrations acoustiques. De quoi aussi donner à ce second opus des contours plus cinématiques... Tout en s’attelant au format chanson. Résultat :
"Lunático" multiplie les prises de paroles. Des mots dits de Cáceres à ceux proclamés par Jimi Santos, deux manières de revendiquer la part noire de l’argentine, jusqu’au rap truffé de citations façon tango... Sans oublier les chansons douces-amères interprétées par
Cristina Vilallonga. Non, décidément, le tango n’a pas dit son dernier mot.