C'est en 2000 que
Gonzales s'est soudain retrouvé propulsé sur le devant de la scène internationale en faisant paraître sur le label
Kitty Yo un premier disque,
Gonzales Uber Alles, authentique petit chef-d'oeuvre de mélancolie trip hop piégée de délires dadaïstes, élevé au rang d'objet culte par tous les amateurs de bizarrerie iconoclaste (il figure parmi les 10 meilleurs albums de l'année du magazine The Face et le single "
Let's Groove Again", se classe à l'époque dans les Top 10 en Angleterre).
Proclamé nouveau phénomène de l'electronica underground la plus déjantée, le jeune Canadien, berlinois d'adoption, sortait alors dans la foulée un deuxième disque,
The Entertainist, synthèse hilarante, à la limite de l'auto-parodie, de pop et d'ambiance jazzy de hip hop expérimental et de dérision surréaliste.
Pourtant, s'il excelle effectivement dans ce genre d'exercice,
Gonzales ne peut se laisser enfermer dans quelque catégorie que ce soit et certainement pas celle de "petit génie à la mode". MC bien sûr, pianiste aussi, chanteur, producteur,
Gonzales a plus d'une corde à son arc et il entend le prouver aujourd'hui. Installé à Paris, associé à
Renaud Letang (le producteur de
Manu Chao),
Gonzales multiplie désormais les collaborations et diversifie son registre. Zappant d'une collaboration avec
Daft Punk à un récital de piano à l'occasion du Meltdown Festival de
David Bowie au Royal Festival Hall de Londres, ou encore assurant les arrangements des derniers albums de
Feist,
Dani ou
Jane Birkin,
Gonzales est tout simplement en passe de se métamorphoser insensiblement d'
entertainer underground en pianiste/producteur, homme à tout faire de la nouvelle scène parisienne. Aurait-il pour autant abandonné toute dérision, tout sens de la provocation ? Demandez donc à M. Aznavour, qui après s'être offert ses services pour assurer les arrangements de son dernier disque vient tout simplement de tout annuler au dernier moment, horrifié par les propositions iconoclastes de Gonzales, pour en confier la réalisation à quelqu'un de plus docile. i
Non,
Gonzales est toujours le musicien insaisissable et impertinent que l'on connaît. Simplement il ose aujourd'hui révéler tous ses visages et ne plus se dissimuler seulement derrière son masque de clown génial. Et si son disque
Presidential Suite paru chez Delabel en 2002 persiste dans cette combinaison unique de cabaret dada et de hip hop déjanté ; si ses performances "live" relèvent toujours autant d'une tradition "music-hall" volontairement kitsch que du récital de piano délirant (quelque chose entre Andy Kaufman, Victor Borge et Richard Clayderman),
Gonzales peut aussi livrer un premier album instrumental, composé uniquement de solos de piano intimistes. Intitulé Solo Piano, le disque est publié dans la série "No Format" (Universal Jazz).
Seize thèmes sous influence, où transparaît non seulement un amour respectueux pour des compositeurs français comme Ravel ou Satie, mais aussi des réminiscences de musique folk canadienne et de jazz américain (
Nina Simone,
Keith Jarrett...). Une longue suite de vignettes impressionnistes qui se déroulent en une sorte de lent travelling cotonneux où
Gonzales retrouve des talents de conteur elliptique déjà mis en oeuvre il y a quelques années, lorsqu'il concevait sous de multiples pseudos, des musiques pour le cinéma. Aujourd'hui c'est son propre cinéma intime que
Gonzales ose dévoiler : un peu fleur bleue, un peu expérimental, hyper mélodique, volontairement simple. d'une sincérité absolue.
En concerts, c'est l'artiste vidéo
Ninja Pleasure qui conçoit les projections Piano Vision pour que le grand écran puisse offrir aux spectateurs un gros plan des mains de
Gonzales plus grandes que nature. Ces shows Piano Vision se sont déjà déroulé au Volksbuhne (Berlin), au Schauspielhaus (Hambourg), au Centre Pompidou de Paris, au Royal Festival Hall (Londres), et dans de nombreux pays dont la Russie, l'Australie et son Canada natal.