Premier fils d'une famille de neuf enfants, Seydou Koné alias
Alpha Blondy naît à Dimbokro en 1953. Elevé parmi des femmes âgées, il en apprend notamment de nombreuses expressions dioula recherchées. Une règle importe et marquera l'enfant pour toute sa vie : il faut « parler droit », ne pas mentir, quelles que puissent en être les conséquences.
En 1962, il retrouve sa mère à Korhogo ; celle-ci l'emmène à Odjenné où
Seydou Koné qui y passe dix ans, va en 1972, présider la section locale du Mouvement des élèves et étudiants
de Côte d'Ivoire (MEECI). On l'appelle Elvis
Blondy. La même année, il part suivre sa seconde
au lycée normal de Korhogo. A l'internat, l'adolescent forme un groupe avec ses copains Price (guitare), Pop Touré (batterie) et Diallo Salia (basse) : les Atomic Vibrations. C'est en 1976 que le rêve devient réalité :
Blondy (c'est ainsi qu'il signe les lettres envoyées aux amis restés au pays, surnom qui existe depuis le collège à Odjenné) débarque à New York. Il s'inscrit dans une première école, la Geneva School of busines, où il suit pendant trois mois des leçons d'anglais commercial. Puis il use les bancs du Hunter College pour prendre des cours de langue accélérés et passer avec succès le test qui lui permet enfin de s'inscrire à l'American Language Program de Columbia University. Pendant deux ans, le jeune Ivoirien suit ce programme destiné aux étudiants étrangers. En même temps, souvent de nuit, forcément, il enchaîne les jobs alimentaires -il est notamment coursier, à 5 dollars le pli porté. A ce rythme, il tombe bientôt malade. Alors qu'un médecin lui conseille de se reposer, un ami ivoirien, Oullaï Joachim, lui suggère de venir le rejoindre à Waco, au Texas.
Seydou arrête les cours et quitte New York, son climat qui peut être si froid et son rythme infernal.A Waco, le jeune
Blondy trouve un autre chez le plus grand distributeur de musiques chrétiennes du monde. Pour sa part, il continue d'écrire ses titres.
Une rencontre lui donne beaucoup d'espoir : celle du Jamaïcain Clive Hunt, qui lui présente The Sylvesters, un groupe formé par une famille de Dominicains qui joue régulièrement dans les petites salles de l'Etat de New York. Espérant enfin réussir,
Blondy quitte le Texas et commence à se produire en première partie des Sylvesters. Il chante ses propres compositions, dont «Burn down the apartheid», «Bory Samory» (publié en 1984 sur « Cocody Rock ») ou «War», de Bob Marley, en français (publié en 1994 sur «Dieu»)... Mais le plus grand espoir du jeune homme repose sur les 8 chansons enregistrées, sous la houlette de Clive Hunt, au studio Eagle Sound à Brooklyn. A l'époque, Clive Hunt a déjà réalisé le 1er album des Abyssinians, travaillé avec Max Romeo et écrit une chanson (Milk and Honey) pour Dennis Brown. Le disque ne voit malheureusement jamais le jour : le réalisateur ayant des problèmes d'argent, il a, dit-on à
Blondy, quitté New York pour Londres. Déjà quatre ans passés aux Etats-Unis, sans résultat vraiment palpable : en 1980, Blondy décide de rentrer en Côte d'Ivoire. Le rêve américain a tourné au cauchemar. De retour à Abidjan, Blondy habite chez des amis. Il se met à répéter avec des musiciens ghanéens au ghetto d'Adjamé, au Bracody Bar. Désormais, il se fait appeler Alpha, qu'il a ajouté à
Blondy en signe d'espoir d'une nouvelle vie, d'un commencement.
En 1981, Roger Fulgence Kassy lui propose de passer dans l'émission qu'il présente à la télévision ivoirienne (la RTI), «Première chance». Les deux hommes se connaissent de longue date.
En 1981 donc, Ful, comme l'appelle
Alpha, lui propose «Première chance». Pour le chanteur qui a bientôt trente ans, c'est plutôt la dernière chance... Il interprète quatre chansons «Christopher Colombus» de Burning Spear, et trois de ses compositions, «Bintou were were», «Dounougnan» et «The end». «Tu verras, demain, ta vie va changer», avait prévenu Fulgence. Effectivement. Devant l'engouement suscité par le passage à la télévision, Georges Benson propose au chanteur de produire son premier album. Ce sera «Jah Glory», qui sort fin 1982 début 1983. Sur l'album, un titre que Benson hésite à mettre : «Brigadier sabari». La chanson (dont l'intitulé peut se traduire par la supplication «Brigadier, pitié!») dénonce les violences
dont la police est coutumière. Le titre fait un tabac en Côte d'Ivoire et dans toute la région.Il accompagne jusqu'à aujourd'hui la riche carrière d'
Alpha Blondy, qui compte plus de quinze albums et un nombre incalculable de concerts. Avec son groupe le Solar System, l'artiste se produit en effet aux quatre coins de la planète, portant haut les couleurs de l'Afrique et de son pays, la Côte d'Ivoire.